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La courbe de son
épaule, le parfum qui sortait d'elle, sa poitrine d'adolescente, le
souvenir même du contact de son corps, chaque détail que j'imaginais
avec les émotions, se fondaient dans mon esprit en un kaléidoscope agité
mariant les images présentes et celles du souvenir.
C'est elle qui
rompit le silence.
- Vous n'aviez laissée seule dans une ville alors que le temps me
pressait d'en partir. Chez moi, j'ai rencontré Paul qui venait d'ici ;
j'étais si malheureuse, il a été si gentil. Nous nous sommes mariés et
nous avons maintenant une petite fille. Paul est à une réunion ; je suis
ici pour l'attendre.
Tous ces mots étaient dits, jetés, à peine articulés, comme dans une
hâte désordonnée, et chacun d'eux me faisait une blessure. Ils me
laissaient imaginer sa présence auprès de cet homme, les mots qu'elle
lui disait, les gestes qu'il avait à son égard ; tout cela dans une
évocation confuse et douloureuse.
La question que je retenais vint malgré moi sur mes lèvres. C'est celle
qu'on pose à un être cher dont on souhaite le bonheur.
Etes-vous heureuse, Véronique ?
Elle tarda à répondre. Mon cœur s'arrêtait d'attendre. J'imaginais dans
ma vanité d'homme qu'il n'était pour elle qu'un seul bonheur possible,
celui que le hasard nous avait offert et que ma désinvolture avait
brisé.
Elle fit oui de la tête; j'ai haï ce geste.
j'avais mesuré à quel point la cruauté de mon insouciance la marquait
encore. Qu'était pour moi cette fille que J'avais rencontrée par hasard
un jour sans jamais aller plus loin à la mieux connaître ? Je n'avais
même pas vu que ce matin-là était plus ensoleillé que les autres. Je
l'avais oubliée. Et dire que je croyais tant l'aimer !
Le bonheur a un prix ; là, je n'avais rien misé.
Il ne me restait plus qu'à me lever et reprendre mon sac comme si ce
soir-là, il ne s'était rien passé.
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