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J'entendais les défis qu'elle me lançait avant de se jeter dans
la descente, me dépassant toujours, riant de mes efforts à la rejoindre
avec des éclats que l'écho multipliait ; me reprenant avec une
autorité pleine de malice, m'aidant à être un champion moins mauvais.
Je revivais les veillées du soir autour d'un feu où vingt jeunes
se racontaient un fait du
jour, exagéraient un danger tandis que nos ombres dansaient avec
nous à quelque rythme à la mode, sur la pierre brute de la grande salle du refuge.
- Vous vous souvenez de nos promenades dans le village, Véronique, et de
nos visites à la petite ferme ?
- Oui, et de ce verre de lait, chaud encore de la traite, que nous hésitions à boire et auquel
nous avons pris goût. Je n'ai jamais bu depuis ce temps un verre de lait,
sans essayer
d'y retrouver cette saveur d'herbe fraîche et de fleurs des montagnes.
Je savais qu'elle n'avait pas oublié ces nuits quand
le vent faisait battre la porte du refuge et que nous entendions le
feulement de la neige qui s'amoncelait dehors.
Le
lendemain de ces nuits la neige était plus belle.
- Je sais bien que vous n'étiez pas dupe
de mes peurs quand il faisait mauvais . On se serrait plus fort
sous les duvets. Et vous pensez que j'aurais pu oublier ?
Je savais qu'elle n'avait rien perdu de ces moments qui peuvent se
répéter mais qu'on ne vit pas deux fois de la même façon.
C'est peut-être cela le bonheur : un moment où l'on ne tient pas compte du temps qui passe ; un temps où les
choses sans prix nous semblent offertes quand nous n'y songions pas. Dans ces instants, nous
n'avons même pas conscience de ce privilège d'être là, dans un
lieu particulier près d'une personne venue aussi par hasard avec
qui nous mélangeons en partage les plus fortes et plus brûlantes
émotions de la vie.
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